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Camair co delayed

Mercredi dernier à l'aéroport de Nsimalen à Yaoundé, le Dja, ce Boeing long courrier de la défunte Cameroon Airlines a été accueilli avec les honneurs dus à une personnalité de très haut rang.



Camair co delayed
Cet aéronef, dans l'objectif de le mettre dans la flotte de la prochaine compagnie en gestation, la Camair co, avait été envoyé il y a quelques mois dans les ateliers de révision en Irlande. Son retour annoncé et attendu a fait l'objet de déplacement de quelques personnalités, notamment le ministre des Finances, Essimi Menyé. Le ministre, qui donne le réel sentiment de suivre particulièrement ce dossier de la mise en vol de la nouvelle compagnie, avait déjà, le 6 novembre dernier, accompagné Walter Schmitt Rennekamp de la Lufthansa Consulting visiter plusieurs installations laissées par la Camair à Douala. Ainsi, des locaux de la direction générale à Bonanjo aux installations aéroportuaires en passant par le centre d'entretien de l'ancien aéroport qui hébergeait les directions technique ainsi que celle de l'exploitation, le ministre camerounais a tenu l'expert allemand par la main ; il lui fait constater l'outil informatique récupérable et autres bâtiments, patrimoine de la Camair.

En allant donc accueillir le Dja mercredi à Nsimalen, comme pour tempérer les ardeurs de ceux qui ont hâte de voir la compagnie redémarrer, Essimi Menyé a dit tout de go que le retour de cet oiseau volant relooké ne signifie pas pour autant que la compagnie prendrait du service le lendemain. Cette déclaration laissant des pans d'ombres et d'incertitudes, ne peut que surprendre plus d'une personne. On s'en doute, loin s'en faut, que bâtir une compagnie aérienne n'est pas à la portée du premier venu. On ne saurait affirmer non plus qu'il s'agisse là d'une opération plus complexe que la fabrication d'une bombe à électrons, ou la pose d'une sonde sur Jupiter. Dans ce domaine de la navigation aérienne, le Cameroun est néanmoins au sud du Sahara l'un des pays qui dispose d'une expertise incontestable.

Ce n'est pas faute d'avoir cette expertise que la Camair avait mis la clé sous le paillasson ; d'autres paramètres avaient contribué à cet échec ; le cadre ici n'est pas indiqué pour ce propos. Il n'est pas blâmable de remettre en état de fonctionner un appareil qui est la propriété du Cameroun. Lorsque l'objectif de cette remise en état est réellement de faire redémarrer la compagnie, l'acte premier devrait consister à trouver le profil d'un parfait gestionnaire d'une compagnie aérienne à qui on confie la tâche avec des objectifs précis ; il mène la barque, chiffre le coût du lancement, recrute le personnel qualifié avant de produire les résultats qu'on serait en droit d'attendre de ce personnage. Une compagnie aérienne, fut-elle domestique et de petite taille, a une gestion extrêmement complexe ; elle a des exigences que la seule volonté d'un ministre plein de patriotisme ne suffit pour la mener à atteindre ses objectifs commerciaux et règler sa complexité technique

Nous avons pensé à un moment donné que les pouvoirs publics avaient pris la mesure de la chose lorsque le Français Gilbert Mitonneau avait été nommé il y a quelque temps pour mettre Camair co en bout de piste. Il avait quitté le Cameroun en catimini. C'est arrivé dans son pays qu'il avait fait des révélations qui ne pouvaient surprendre que les non Camerounais. Pour lui, il serait devenu fou s'il avait continué à rester au Cameroun dans le cadre de Camair co. Cet euphémisme qu'avait utilisé le Français a une signification dans notre pays : un projet de cette nature a un budget pour le mettre en route. Pour cela les personnes qui doivent le gérer sont nombreuses. Pour le cas d'espèce, si Essimi Menyé semble contrôler les opérations au détriment de ses collègues de l'Economie et celui des Transports, c'est tout simplement parce que c'est lui qui tient le cordon de la bourse. Il va sans dire que cette occupation de la piste ne va pas sans grincement de dents ni peau de banane à son encontre.

Il y a un travail technique de grande envergure qu'il faut faire avant la mise dans les airs de la nouvelle compagnie ; la concurrence a repris tous les droits de vol abandonnés par la Camair. De Paris à Douala , de Yaoundé à Nairobi, de Douala à Abidjan, la Camair ne possède plus un seul droit de survol des pays qui sont situés sur ces trajectoires. Notre défunte compagnie a cédé (volontairement ?) à la concurrence sa cinquième liberté qui consiste à atterrir, à décoller, à faire le transit, à débarquer et à embarquer dans les aéroports où elle assurait son trafic commercial.

Voilà autant de problèmes complexes que le ministre des Finances n'a ni le temps ni l'expertise nécessaire pour gérer, d'où l'urgence de mettre en place une équipe compétente, en commençant à consulter cette équipe avec les cadres Camair qui seraient encore productifs. A défaut, le Dja restera encore longtemps sur cale dans son hangar.

Samedi 14 Novembre 2009
Le Quotidien Mutations (Yaoundé)


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