Les Africains, seuls adeptes du jugement supplétif ?

Nombre de rédactions sportives en Afrique rechignent à aborder le sujet qui est pourtant d’une importance capitale dans la réalisation de bonnes performances dans le monde footballistique africain. Il s’agit de la falsification de l’âge des footballeurs du continent noir…



Le sujet sensible est revenu au devant des médias d’Afrique à la faveur de la dernière Coupe du monde cadette disputée entre la fin août et début novembre au Nigeria. En effet, dans le cadre de cette compétition, le pays hôte a vu la Fifa (Fédération internationale de football association) refuser les noms de 15 joueurs nigérians dont les tests osseux ont révélé qu’ils sont âgés de plus de 17 ans ! Déjà lors de la dernière Can cadette abritée par l’Algérie, la sélection cadette nigérienne avait défrayé la chronique en se voyant retirer une place qualificative pour le Mondial de la catégorie dont le Nigeria a été l’hôte au cours du dernier trimestre de 2009.
Les footballeurs africains ont-ils renforcé entre-temps leur expertise dans la falsification de leur acte de naissance ? L’on est tenté de le croire. Lorsque ce débat sur l’âge des footballeurs du monde revient sur le tapis, l’on a vite fait de tourner les yeux vers l’Afrique. Toujours l’Afrique, encore l’Afrique. La même polémique avait déjà nourri les débats entre plusieurs rédactions sportives de la planète lors de différentes compétitions internationales de jeunes disputées en 2005. Déjà, le Nigeria était encore au carrefour de cette sempiternelle controverse. Mais le pays des Champions olympiques de 1996 n’est pas le seul à occuper une bonne place dans ce registre de l’actualité sportive africaine. Au Cameroun par exemple, il existe une éternelle polémique sur le véritable âge de Rigobert B. Song (ex-capitaine des Lions Indomptables et recordman de participation à une phase finale de la Can). Le fait que le principal concerné éprouve toutes les difficultés du monde pour mettre d’accord le public sportif mondial sur son réel âge en dit long sur la complexité de ce sujet.
En Afrique et plus singulièrement en Afrique subsaharienne, la thématique de la falsification des actes de naissance est un secret de Polichinelle. Ils sont nombreux, ces internationaux qui font la pluie et le beau temps dans les championnats les plus relevés du monde, mais dont la performance ne dure que l’instant de l’éclosion d’une rose. Sinon, comment expliquer que la plupart des joueurs ayant composé la fabuleuse génération des Champions olympiques de 1996 (du Nigeria) aient quitté la scène footballistique africaine, sur la pointe des pieds, après leur sacre olympique ? Pourquoi Jay Jay Augustine Okocha, Sunday Oliseh, Nwanko Kanu ont été les rares “rescapés” de cette mémorable génération à avoir franchi le cap de l’an 2000, quatre années seulement après avoir émerveillé toute la “planète foot” ? Que dire dans le même sillage du talent du footballeur ghanéen Owusu Afriye qui a épaté les observateurs du football africain en compétitions de jeunes de la Caf (Confédération africaine de football), mais qu’on n’a plus logiquement retrouvé chez les seniors des Black Stars du Ghana ? Ils sont par ailleurs nombreux, ces jeunes Africains, stars précoces du ballon rond qui sont destinés à un avenir flamboyant à l’issue de leurs sorties avec les sélections des jeunes de leur terre natale ou de leurs clubs, mais qui s’effacent dans l’actualité africaine à la faveur d’une légère blessure ou de la rupture anormale de leur contrat de travail.
Trop souvent, les acteurs du football en Afrique mettent en avant ces blessures (qui devraient être passagères) pour justifier les charivaris qui mettent en cadence la carrière de certains professionnels. Gros mensonge, hélas ! Paolo Maldini n’aurait pas terminé sa carrière à l’âge de 40 ans sous les couleurs du Milan Ac (le seul club qu’il a connu) s’il avait fait frauder son âge. L’on pourrait toujours opposer à cette argumentation les prouesses de Rigobert B. Song, qui malgré le flou entourant le véritable jour de sa naissance, ne montre aucun signe de fléchissement durant les rencontres. Quand l’organisme n’est plus à même de répondre aux sollicitations qui lui sont adressées, faut-il le forcer et terminer à pas de charge sa carrière ou plutôt quitter le monde du football en sauvant sa face et en respectant les limites de son organisme ? Telles sont les questions que devraient se poser les footballeurs de la planète, et singulièrement ceux d’Afrique avant de s’adonner à cette pratique scabreuse qui n’est ni plus ni moins qu’un double dopage : physiologique et psychique.

Jeudi 24 Décembre 2009
afriscoop.net


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