Les Sud-Africains de toutes races se sont ralliés au football lors de la Coupe des Confédérations, qui s'est achevée dimanche et servait de prélude au Mondial-2010, mais cette rare démonstration d'unité devrait rester limitée aux stades.


Afrique du Sud: l'unité raciale derrière le ballon rond limitée aux stades
"On a vu émerger une émotion qui rappelait celle de la Coupe du monde de rugby en 1995", un an après la chute de l'apartheid, lorsque la victoire de la très blanche équipe nationale avait été célébrée par l'Afrique du Sud tout entière, affirme Frans Cronje, de l'Institut sud-africain des relations entre les races.

Comme un film en négatif de 1995, dont l'image du premier président noir du pays, Nelson Mandela, remettant la coupe au capitaine des Springboks avait symbolisé la fin pacifique du régime ségrégationniste, ce sont les Blancs vêtus des couleurs des Bafana Bafana, le Onze national, qui ont cette fois marqué les esprits.
Le sport en Afrique du Sud reste largement divisé le long des fractures raciales. Si l'on voit de plus en plus de Noirs assister aux rencontres de rugby, fierté des Afrikaners descendant des premiers colons, les supporteurs blancs des équipes locales de football se comptent sur les doigts de la main.

Mais la performance inattendue des Bafana Bafana (Les Garçons, en zoulou), parvenus en demi-finale de la Coupe des Confédérations en dépit de leur piètre classement international, a galvanisé l'intérêt de toute la nation.

"Ce que j'ai tout de suite vu en arrivant au stade, raconte Ryan Cooper, directeur online du magazine spécialisé Kick Off, ce sont ces trois types blancs habillés d'une chemise des Bafana, qui tenaient une vuvuzela."

"Ils ne savaient pas comment tirer un son" de ces longues trompettes de plastique typiques des supporteurs de football sud-africains, "mais ils avaient une vuvuzela en main, c'était chouette à voir."
   
                            Briser la glace
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Timides au début, les Blancs se sont vite mis au diapason, arborant comme leurs concitoyens de couleur tous les attributs du supporteur.
Pour Frans Cronje, "ces images dans les stades, à la télévision, de Sud-Africains blancs et noirs soudain rassemblés ont représenté graphiquement ce que l'Afrique du Sud pourrait et devrait devenir".

Maintenant que de nombreux Blancs ont "vaincu leur peur de l'inconnu, peut-être que la glace commencera à être brisée", ajoute-t-il prudemment. Car l'enthousiasme suscité par l'équipe nationale doit encore se traduire dans les stades locaux.
"Nous espérons que la Coupe des Confédérations et la Coupe du monde vont accroître la base des fans au niveau local mais il va falloir pour cela améliorer la qualité de jeu", souligne l'entraîneur de l'équipe de Durban et ancien coach national Neil Tovey.

Le football local, largement pratiqué dans les townships où les matches étaient souvent le seul rassemblement autorisé sous l'apartheid, pâtit toujours d'un manque de soutien des sponsors et de structures défaillantes pour la détection et l'accompagnement des jeunes talents.
En outre, relève l'analyste politique Somadoda Fikeni, la levée des barrières raciales dans les stades ne signifie pas que la société dans son ensemble soit prête à changer.
"En 1995, les Sud-Africains se sont unis dans le sport mais cela ne s'est pas traduit dans la vie sociale ou politique", remarque-t-il, tout en espérant que "ces petits pas finiront par nous pousser dans la bonne direction."
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